Annexes



Pr.Dr. G.Arvis andrologue, le mercredi 04.08.1999 (15h15-16h)

Je pense que la dysmorphophobie c’est quelque chose qui est beaucoup plus répandue en France parce qu’avant c’était quelque chose qui, sauf les cas insupportables pour les individus, restait plus ou moins latente, cachée, et les gens ne l’exprimaient pas. Les femmes l’exprimaient, d’ailleurs, beaucoup plus souvent que les hommes. Alors, qu’est-ce que c’est que la dysmorphophobie ? La dysmorphophobie c’est considérer que toute une partie de son corps est anormale alors qu’il ne l’est pas. C’est-à-dire que le regard sur une partie de son corps « prouve » l’existence d’un certain défaut qui, en réalité, n’existe pas. Cela peut porter sur n’importe quelle partie du corps mais, le plus souvent, les dysmorphophobies se manifestent à l’égard du visage. Elles entraînent, surtout dans le cas des femmes, une demande de chirurgie esthétique. Cela se voit beaucoup plus moins pour les hommes.

Il y a ce qu’on appelle « la vraie dysmorphophobie », c’est-à-dire on est né avec, disons, un nez qui est normalement constitué, qui n’a rien de particulièrement ridicule, il ne s’agit pas du nez de Cyrano de Bergerac, mais ce nez qu’on possède on ne l’aime pas du tout. On considère qu’il n’est pas normal. Parfois la frontière est difficile entre ce qu’il est une dysmorphophobie vraie (le fait de ne pas supporter une partie de son corps, le nez par exemple, de la considérer anormale), et le fait « d’envier » le nez d’un autre sans pour autant considérer son propre nez anormal. Il y a en fait, toute une gamme de situations intermédiaires entre la dysmorphophobie, qui rend la vie de l’individu à lui-même insupportable, et le fait de trouver quelque chose de son corps pas tout à fait beau. On aimerait, par exemple, avoir le nez d’Audrey Hepburn, cela tient de l’imagination de chacun de nous. Mais on ne trouve pas, pour autant, son propre nez anormal. On aimerait simplement pouvoir changer un peu d’apparence.

Toujours dans ce désir de changer d’apparence, il est certain que, avec le vieillissement, il y aura des hommes et des femmes qui supportent mal de voir, par exemple, les traits de leurs visages changer. A ce moment-là il y a une demande de chirurgie esthétique. Je ne crois pas qu’on puisse considérer cela comme une dysmorphophobie à proprement parler, mais, quelque part, cela se rapproche un peu. Parce que, si l’on commence d’être trop concerné par le front qui est ridé, par les poches qui apparaissent sous les yeux ou par les paupières qui tombent, cela veut dire quelque part qu’on accepte mal l’image qu’on a de son corps se modifier. Même si la personne en cause sait parfaitement que c’est tout à fait normal de vieillir et que, de ce fait, ce n’est pas anormal de voir apparaître des rides ou des déformations du visage. Dans l’analyse de la dysmorphophobie on est quand même dans une frontière qui reste assez floue. Mais je ne pense pas qu’on puisse catégoriser de vraie dysmorphophobie les modifications du corps liées au vieillissement. Pour les adolescents je dirais que c’est quelque chose qui généralement commence à cet âge-là et que les sujets peuvent la garder pendant toute leur vie.

Qu’est-ce qu’il peut être comme dysmorphophobie? Il y a, par exemple, la dysmorphophobie du visage, liée à la forme de la bouche, des oreilles ou du nez...Je dois souligner que dans le cas de la dysmorphophobie, les gens concernés considèrent « le défaut » beaucoup plus qu’une anomalie, une véritable maladie qui pourrait être soignée par les médecins. Ils le vivent donc, en tant que handicap morbide lié à l’image du corps. L’image qu’on a de son propre corps. Si je vous dis tout cela c’est justement pour vous montrer qu’on est en face de divers situations liées toutes à l’image qu’on a de son corps. Alors, je reviens à la dysmorphophobie. Elle peut atteindre n’importe quelle partie du corps. Le visage, les mains, la carrure, les pieds, mais aussi l’appareil génital, surtout pour les hommes.

Et on arrive ainsi à un grand problème. Avant, personne n’en parlait. Mais maintenant on assiste à un véritable déferlement parce qu’on a commencé parler dans les média. Le cas type que j’ai rencontré. Un homme de 42 ans qui a bien réussi professionnellement, qui a bien rempli sa vie, qui a une bonne situation, il est donc, tout à fait normal. Il est marié, il a deux enfants, il a des rapports sexuels réguliers avec sa femme, donc vu de l’extérieur, tout va bien. Alors, il me raconte tout cela et, à la fin, il me dit « Mais, vous savez, j’endure un véritable martyre parce que, depuis j’ai 15 ans je ne me trouve pas normal. Mon appareil génital est sous dimensionné. Je n’ai pas un appareil génital normal. » Et cela c’est quelque chose que j’entends régulièrement depuis quelques temps, à chaque consultation. Et de plus en plus. C’était quelque chose qui était refoulé et puis, maintenant, étant donné que c’est passé dans les journaux et à la télévision il y a un peu un tabou qui est élevé et cela donne une sorte de permission d’en parler. Cet homme dont je vous parle, n’a rien dit de son problème ni à ses parents, ni à ses frères, ni à ses soeurs, ni à sa femme, ni à ses amis, à personne. Il a vécu comme ça pendant 30 ans, tout en étant parfaitement inséré dans la société. Cela représente pour moi le cas absolument typique. Mais j’en ai vu d’autres. Je me rappelle, il y a 25 ans, il y a un homme qui est venu me voir en me disant « Je suis venu chez vous en espérant que vous pouvez faire quelque chose pour moi. Voilà, j’ai 50 ans mais je ne me suis jamais marié, donc, je n’ai jamais eu d’enfants et, de plus, je n’ai jamais eu de rapports sexuels. Je ne suis pas normal. Mon appareil génital n’a pas la dimension normale. » Je l’ai examiné, j’ai consulté ensuite les données des tableaux, faites sur des échantillonnages de plusieurs milliers de personnes, il était tout à fait normal. Je lui ai montré les chiffres que j’avais trouvées chez lui, les chiffres des tableaux, il a pu lui-même faire la comparaison. Il avait fait la fausse route pendant 25 ans.

Il est difficile de savoir qu’est-ce qu’il déclenche cette phobie. Au moment de la puberté, chez les garçons, l’appareil génital commence à avoir ses dimensions finales vers, disons, 15 ans. Mais il y a aussi des enfants qui ont des retards pubertaires. Et, forcement, s’ils se retrouvent dans un vestiaire de terrain de sport avec d’autres collègues, ils vont regarder, ils vont faire instinctivement des comparaisons. Ils vont voir qu’ils ne sont pas tout à fait faits comme les autres. De plus, si quelqu’un leur faire une réflexion et s’il tombe sur un terrain réceptif, cette phrase peut les marquer à vie. Si l’on n’arrête pas cela tout de suite. C’est pour cela que c’est très important d’accorder beaucoup d’attention aux adolescents et de les soigner très vite. Parce que les choses vont s’aggraver petit à petit tout au long de leur vie et ces jeunes garderont toujours la certitude que les autres ne les regardent pas en tant que personnes normales. En plus, l’état d’anxiété ne fait que diminuer la taille de l’organe génital, c’est absolument normal. Parfois, par contre, cela démarre plus tard. A cause d’une partenaire qui se met à faire des réflexions ou à cause d’autres raisons. Et, à ce moment-là, pour un individu réceptif s’installe l’obsession d’anormalité. Et puis, il y a le problème de la relation même avec la partenaire sexuelle.

Il s’agit d’un vaste problème qui est tout à fait méconnu... On sait que la dysmorphophobie existe, que l’image qu’on a sur soi-même ne tient pas uniquement à son propre regard mais cela tient aussi au regard de l’autre. Et même lorsque le regard de l’autre se manifeste tout à fait innocemment, celui qui est dysmorphophobique va lire quelque chose d’autre dans ce regard. Pour ne plus rappeler le syndrome « du vestiaire »...C’est quelque chose qu’on rencontre, je trouve, maintenant beaucoup plus fréquemment que je ne m’imaginait.

Quant aux régimes d’amaigrissement que certaines femmes suivent pour avoir, par exemple, un petit ventre, je ne crois pas qu’il s’agit là d’un cas de dysmorphophobie. Les femmes en cause ne pensent pas qu’elles son malades ou qu’elles sont anormales. Elles pensent uniquement ne pas être « conformes » à une certaine norme véhiculée, par exemple, par une magazine de mode. Et de ce fait, l’image qu’elles ont d’elles mêmes est dévalorisé. Elles se sentent du coup mal à l’aise. Mais ce n’est pas pour autant qu’elles pensent être malades ou anormales. C’est cela la grande différence. La dysmorphophobie concerne les gens qui sont normalement constitués mais ils pensent ne pas l’être. C’est la discordance entre ce qu’on est et ce qu’on pense être.

L’image du corps... Les poumons, le foi, le coeur, tous les viscères, on ne les voit pas parce qu’ils sont bien « cachés » à l’intérieur. Ce que l’on voit c’est ce qui est apparent : les mains, le visage, les jambes, les pieds... C’est finalement qu’est ce que l’on voit, même. Il serait très intéressant de faire un parallélisme entre la vue en tant que sens, et le regard. Si vous regardez votre main vous pouvez la voir d’une certaine façon. Qui peut être plus ou moins normale. Si vous restez quelques temps à regarder vos mains elles vont vous rappeler des souvenirs, des rapports aux choses...C’est toujours quelque chose qui tourne autour de la vue.

Tous ceux qui font du body-building ils le font pour se donner d’eux une image de virilité. Là aussi, on peut parler d’une dysmorphophobie mais d’une forme mineure. Qui ne fait pas les ravages des autres cas. La dysmorphophobie, en tant que maladie, atteint un secteur extrêmement précis. C’est l’image du corps qui est centrée sur quelque chose de tout à fait sectoriel. Ce n’est pas du tout une perturbation générale du psychisme de l’individu. C’est très sectorisé. La tyrannie de la mode en ce qui concerne les vêtements ou les accessoires, elle aussi finit par avoir forcement une répercussion sur l’image qu’on a de son propre corps. A l’heure actuel, en tant que femme, on doit être jeune et mince. Tellement mince qu’on a enregistré des réactions de la part des médecins pour arrêter les apparitions des mannequins ressemblant à des anorexiques mentales. C’était dangereux à la fois pour les mannequin et pour les femmes qui essaient leurs ressembler. En outre, l’image qu’on a d’une femme présentée de plus en plus déshabillée, donne, quelque part, des repères normatifs. Mais, la dysmorphophobie va encore plus loin. Il y a quand même une différence entre quelqu’un qui veut se faire refaire le nez d’un souci purement esthétique, et quelqu’un qui déteste ses mains, ses pieds et qui veut, par conséquent les « retoucher ». Son démarche va, quand même, trop loin. Il considère quelque chose de normal comme anormal. Et, du coup, on n’est plus dans l’esthétique. Une personne qui vient me voir pour son appareil génital qu’il le trouve « sous dimensionné », elle ne s’en intéresse pas du point de vue esthétique. C’est un problème « d’être normal ». En fait, on pourrait dire que cette normativité (imposée par des effets de mode), peut se transformer dans certains cas dans une maladie comme la dysmorphophobie.

A mon avis, le paroxysme de la dysmorphophobie c’est la transsexualité. Il s’agit dans ce cas de gens qui, dans leur totalité, pensent pas qu’ils sont anormaux mais qu’ils sont victimes d’une erreur de la nature, même si leur appareil génital est parfaitement développé. Mais, dans leur tête, ils se sentent ou femme plutôt qu’homme, ou homme plutôt que femme. Tout se passe dans leur tête. Ils ont pratiquement la conviction d’être de sexe différent que leur sexe anatomique. Je dis ça parce que j’ai eu l’occasion d’opérer des transsexués et je les connais bien. En dehors de ça, je peux vous assurer, ils sont parfaitement normaux et ils mènent une vie normale. Sauf que, tant qu’ils n’ont pas été transformés, ils sont très malheureux. Ca c’est, d’après moi, le paroxysme de la dysmorhophobie. Quoique, je pense, il y a eu une transformation hormonale à leur naissance qui leurs a mis cette « projection » dans la tête alors que, dans la dysmorphophobie classique, ce n’est pas le cas. C’est un mot, une image vue dans une revue, une réflexion faite par n’importe qui, qui va tout déclencher. On n’est pas né avec.

O.Domerc, publicitaire, le 19.08.1999 (12h-13h30)

Quel est le rôle actuel joué par les modèles dans la publicité ?

Aujourd’hui les top modèles ne sont plus utilisés comme l’archétype de beauté mais plutôt en tant que signes de réussite et de célébrité. En tant que personnages, ils sont intégrés dans la pub au déuxième degré d’intérprétation. Ensuite, il y a les pubs qui utilisent des gens beaux en tant que tels, connus ou pas connus. Le rôle qui a le plus de légitimité dans le cas des top-modèles est lié au marché des produits de beauté, où elles déviennent, pratiquement, des prescriptrices. Un mannéquin qui fait de la publicité pour « L’Orèal » a la même cohérence qu’Alain Prost utilisé dans une pub pour « Midas ». Il s’agit de quelqu’un qui conduit des voitures toute la journée et, donc, qui sait très bien quoi faire pour les réparer. Le top-modèle vit de sa beauté, sa beauté est son gagne pain, alors, elle doit l’entretenir le mieux possible.

Par contre, si l’on vous montre quelqu’un de moins beau et on vous dit « il sera encore moins beau s’il n’utilisait pas la crème X », c’est beaucoup moins probant que dire « cette femme-là est considérée par toute une profession et par la plupart du publique comme une femme très belle, elle utilise la crème X », donc, il s’agit forcement d’un bon produit parce qu’elle marche aussi pour des gens qui ont la plus forte exigence de beauté. Donc, à fortiori, cela va marcher d’autant mieux pour le consommateur Y. Avec cette malhonnêteté suprême de la pub qui est de faire croire au consommateur Y que, s’il va utiliser la crème X il va devenir aussi beau que le top-modèle en cause. Mais on n’est plus dans ce discours-là. Ce discours n’est plus exclusif depuis les années ‘70. Les années ‘70 et ‘80 c’étaient le savon « Lux » ou je ne sais pas quel produit avec le message « les très belles femmes, pleines de féminité, pleines de beauté utilisent ce savon, vous aussi, vous avez droit au meilleur ». Aujourd’hui « L’Orèal » se situe plus entre les lignes, en utilisant un message beaucoup plus subtil. C’est sûr que, plus ou moins consciemment, le message va produire, sur la spectatrice, le même effet qu’avant. Elle va se dire « Si Claudia Schiffer utilise la crèma X, c’est pour ça qu’elle est devenue si belle ». En fait, le vrai schéma est à l’envers. C’est : elle était déjà très belle, et elle a besoin de ce produit, en tout cas elle nous le dit, pas por le devenir, mais pour le rester.

Comment la publicité choisit ses cibles ? Quels sont ses critères ?

Dans le cas des produits de beauté, par exemple, on va choisir une certaine cible pour un certain produit. Lorsqu’on a, par exemple, une crème anti-âge, le gros de votre cible seront les femmes qui commencent à avoir des rides. Ca va commencer à partir de 40-45 ans. Pour une consommatrice de 25 ans, même si le produit est très efficace, elle ne va pas l’acheter parce qu’elle ne correspond pas à la question d’âge. Elle ne veut même pas se la poser. Acheter, cela veut dire « reconnaître » qu’elle a des problèmes d’âge à 25 ans. Et c’est quand même un aveu d’échec. Donc, ce type de consommateur ne va pas être le coeur de la cible. Le coeur de la cible seront les femmes de 40-45 ans. Des femmes qui veulent conserver une certaine forme.

Moi, je pense que « le culte de la beauté » ce n’est pas un culte en soi comme c’était le cas pour la Grèce Antique ou pour la Renaissance. Il ne s’agit pas d’une vertu, disons, métaphysique, de perfection. A la manière dont Pascal ou Kant pourraient la définir. Non, ce n’est pas ça. Il s’agit, en fait, d’une forme de performance. On doit aussi ajouter, le côté sexiste qui dit: « les femmes doivent être belles, les hommes doivent être riches et puissants ». C’est la forme la plus primaire du tribalisme du néolithique. Parce qu’il faut, en gros, pour perpétuer l’espèce, pour régir les rapports du sexualité et du séduction, il faut un homme qui soit un chasseur capable de gouverner le clan et de le protéger mais aussi d’agrandir le territoire de chasse, et une femme belle en en bonne sainte pour faire des enfants bien portants. Et, malheureusement, aujourd’hui on est encore resté à ces critères-là. Et la publicité est extrêmement primaire pour ça. Puisque, c’est toujours la même chose. Elle nous montre globalement des hommes « rich and successful » et des femmes « beautiful » et hyperféminines.

Il y aura quand même un problème. Dans la publicité, au bout d’un moment un discours s’use. Il y aura ainsi de tas de gens qui voient que rien n’a change dans la société, qu’on ne pas plus beaux et qu’on n’est pas plus riches simplement parce qu’on a acheté des choses, et, forcement, il y aura de la frustration. Et, évidemment, on commence à ne plus vouloir être frustré. cela a commencé d’abord avec les jeunes, les plus nourris avec de la pub mais aussi les plus capables de prendre du recul. C’est ce qu’on peut appeler « la mithridatisation » à la pub, c’est-à-dire que, à force d’ingurgiter le même message à l’infini, il risque de ne plus avoir d’éffet. Alors, on a choisir entre un message qui « tape » plus fort, ou un autre qui « pique » fin. Il y a des publicitaires qui préfèrent de taper plus fort. C’est l’exemple de la pub pour les bombons « Ferrero-Rocher », avec la soirée Monsieur l’ambassadeur. Elle nous montre des belles femmes avec des colliers de perles et des hommes grisonnants qui régissent leur petit monde. ces gens-là qui sont le prototype de la réussite sociale, servent des bombons « Férrero-Rocher ». Quelle est la cible de « Férrero-Rocher »? Ce sont précisément les gens qui sont les plus naïfs face à la publicité, il s’agit plutôt de personnes âgées et populaires. Ce n’est surtout pas les gens qui se trouvent dans film. Ce sont les gens qui peuvent croire dans ce discours-là. C’est un exemple pour montrer que la pub ne s’adresse pas forcement aux modèles qu’elle présente. La pub « L’Oréal » ne s’adresse pas aux top-modèles. En outre, les top-modèles n’utilisent pas les produits « L’Orèal ». Ils utilisent des produits quasiment faits sur mesure ou prescrits par des médecins. Ou, la plupart du temps, ils s’appuient sur l’alimentation. Je pense, d’ailleurs, que la vraie prescription des top-modèles reste l’alimentation.

Quel est le rapport entre le modèle choisi pour une pub et la cible à laquelle il s’adresse ?

Prenons, par exemple, la carrière d’un mannequin ordinaire. A 15 ans elle fait des pubs pour les « jeans ». Le coeur de cible sera les jeunes filles d’à peu près du même âge. Parce que là, il faut qu’il y a une identification. A 20 ans elle passe à des pubs pour parfums, elle fait des grandes défilées de mode, parce que le coeur de cible seront les femmes à 25-30 ans style middle-class ou upper-class. Après elle va passer à la pharmacie. Tous les anciens top-modèles des années ‘85-’90 maintenant on les trouve dans des pubs « biotherme », ayant pour coeur de cible les femmes de ‘40-’50 ans. Il y aura toujours une sorte de distorsion qui s’opère entre le modèle présenté et la cible visée. Plus elle avance en âge, plus la cible sera deux fois plus âgée. Et lorsqu’on a une très belle femme de 50 ans dans une pub « Nivea Visage », on assiste à une grande finesse de casting de la part des gens qui réalisent la pub et qui ont réussi à la fois de trouver une femme belle qui fait son âge et qui explose de santé. Mais, elle aussi s’adresse à des femmes qui ont 60-70 ans. Je pense qu’il y a d’un fort décalage entre le modèle et la cible du point de vue l’âge. Il ne faut pas faire une identification totale. Parce qu’on peut avoir le phénomène d’identification (le modèle c’est moi), et le phénomène de projection (ce modèle-là ce serai moi, le « moi » idéal). La pub se sert des deux à la fois.

En quoi un modèle influence-t-il le discours publicitaire ?

Prenons « le mariage » : Claudia Schiffer - « Citroën-Xara ». Ce top-modèle, disons, apporte beaucoup, par sa présence, à la marque, par l’impact qu’elle l’aide à produire sur le public. C’est le degrè « 0 » de l’utilisation d’une star dans la publicité. Les publicitaires ne se posent pas la question: « Est-ce qu’on doit utiliser un star? ». Si l’on leur demandait, ils les utiliseraient tout le temps. D’abord, les stars, elles sont en nombre limité, et puis elles ont un ou plusieurs contrats d’exclusivité sur un marché donné. Par exemple, Claudia Schiffer ne pourra pas faire à la fois la pub pour Citroën et pour Renault. Donc, il y a un nombre limité de stars et un nombre limité de marques, par conséquent tout le monde ne peut pas s’arracher toutes les stars. L’impact de Claudia Schiffer sur Citroën est, après tout, bon. Parce qu’ils ont réussi de trouver quelque chose qui légitime sa présence dans une pub pour un automobile. Si elle a accepté de passer le « crash-test » avec cette voiture, cela veut dire qu’elle lui fait totalement confiance.

Autrement dit, par un schéma indirect, on doit comprendre que cette femme, avec la beauté implicite, doit faire beaucoup d’attention en n’utilisant que des produits fiables. On doit, quand même se poser la question: « Pourquoi Citroën a besoin d’une star? ». Mis à part son design original, Citroën connaît depuis quelques temps une vraie perte d’image de qualité. Et il cherche une nouvelle image par rapport avec Peugeot (avec la série 206, 306, 406, la voiture du papa), et Renault qui est toujours en gagne d’image. Alors, Citroën a choisi Claudia Schiffer pour représenter Xara, et, autrefois, Cindy Crawford pour Xantia. On parle ainsi d’un « transfert d’image » qui joue énormément sur l’impact du produit sur le public. En associant une star à une marque on est sûr que les gens vont se rappeler de produit aussi parce qu’ils vont se rappeler de la star qui l’a presenté. Après, tout se résume au principe des « vases communicantes » : apercevoir la publicité en tant que système global. Ce système produit, en ensamble, une certaine impression, mais chacun de ses éléments en recueille les fruits.

Dans le cas d’un top-modèle on parle d’un « transfert d’image ». Mais quelles sont les raisons pour choisir, par exemple, une femme enceinte ou une femme nue pour faire de la publicité ?

Le cas de la « femme eincente » est plutôt intéressant. La publicité pour les voitures, à travers ce modèle de femme, a trois degrès d’intérpretation. Le premier, je le qualifierai de « cérébral ». La femme enceinte c’est l’expression même de la fragilité. C’est ce qu’il faut protéger à tout prix. Alors, si l’on peut mettre une femme enceinte dans une telle voiture, cela veut dire qu’on peut lui faire totalement confiance. Le deuxième vise l’association « se sentir dans cette voiture comme dans un cocon, comme le bébé se sent dans le ventre de sa mère ». Et c’est le troisième, que je le considérait le critère de « valeur », c’est que la femme enceinte est le symbole de l’avenir de l’humanité. Surtout dans une période où s’inquiète beaucoup de notre avenir. C’est pourquoi, depuis deux ans ils n’arrêtent pas de nous montrer des pubs avec des femmes enceintes. On a fait là-dessus une enquête l’année dernière. A l’approche du millénaire tout le monde se met à s’angoisser, et qu’est-ce qu’il nous rassure? Evidemment, la femme enceinte. Par le biais de la femme enceinte on bascule d’une fin inquiétante à un début porteur d’espoir.

Et dans le cas des femmes nues associées à une marque...

A une femme nue on associe toujours l’érotisme. Plus que dans le cas d’un homme nu. Pourquoi ? C’est tout un débat là-dessus. Il y aurait une explication offerte par les sexologues. C’est que la sexualité de la femme est plus cérébrale et non pas mécanique comme celle des hommes, elle ne réagit pas à des stimulus aussi simples, donc, un homme nu devant une femme fonctionne moins bien qu’une femme nue devant un homme. Cela veut dire qu’une pub utilisant le buste nu d’un homme ne risque pas de produire d’accidents comme se fut le cas de la pub pour la lingerie fine pour les femmes, « Obade » ! Le discours de cette marque était clair : infliger des désirs et offrir une seule et unique solution. Il ne s’agit pas de « comment faire pour séduire une femme aussi belle que celle qui fait la pub pour « Obade », mais « si vous voulez que votre femme soit aussi belle que... achetez des dessous « Obade ». Et pour les femmes, le même message un peu changé: « si vous voulez rendre vos maris fous parce que vous le savez bien, ces images les rendent fous, achetez « Obade ».

C’est le pouvoir de l’image qui joue sur énormement sur l’imaginaire des gens. Parce que, malheureusement, la plupart de gens ne se met, dès leur plein gré, ni dans la catégorie des « beaux » ni dans celle de « laids ». Les filles les plus belles ne s’estiment jamais être « les plus belles », elles ont toujours un problème lié à leur apparence. D’ailleurs, si elles sont arrivées à le reconnaître c’est souvent parce qu’elles ont eu une volonté d’être belles. Je ne parle pas là du fait d’être photogenique, qui compte beaucoup pour passer devant les caméras. Une femme belle peut très bien ne pas être photogénique. La beauté photogénique reste toujours conditionnée par la prise de lumière; on peut prendre bien ou mal la lumière, en fonction de sa texture de peau. Une peau mate, elle passe mieux qu’une peau pâle ou qui secrète beaucoup.

L’image est donc, très importante dans la publicité...

Très importante. Mais on doit aussi dire qu’à partir du moment où il y a de l’image, il y a aussi la tromperie de passer cette image pour la réalité. Le pouvoir de l’image fonctionne justement là-dessus. C’est une duplication de la réalité, matérialisée, observable, figée. On a l’illusion d’avoir capturé un morceau de la réalité. Donc, une illusion de pouvoir. Mais le rapport reste réciproque, parce que l’image fascine et, donc, elle exerce aussi un pouvoir sur celui qui l’observe. C’est ce qu’ils ont essayé de faire les peintres abstraits. A partir de l’impressionnisme, l’important ce n’est pas de montrer les choses tels qu’elles sont mais tels qu’on les ressent, les peintres renversent le pouvoir de l’image et ils font de l’observateur le décodeur de l’image. Le niveau ultime sera celui de l’abstractionnisme. C’est-à-dire, cherchons les lois de la beauté, celles qui vont la rendre soit au stade de chaos, soit au stade de pure simplicité (comme fut le cas de Mondrian). Il s’agit d’une démarche de déconstruction de l’image. On la réduit à des simples taches de couleur, à des formes, qui vont créer ultérieurement des effets. Parfois, violents. Parce qu’on n’aime pas qu’on nous force à remettre en cause l’illusion de l’image. Cela devient triste. Mais, on pourrait vivre dans un monde sans images ? C’est inconcevable!

Quelles sont les étapes à parcourrir dans la réalisation d’une publicité ?

Tout d’abord,on doit pas penser qu’il y a toujours beaucoup de réflexion dans le travail d’un créateur de pub. Et je me refère strictément à lui. Tout n’est pas réfléchi, il y a beaucoup de fait du hasard, il y a beaucoup d’effet de mode, il y a beaucoup d’anticipation irrationnelle (c’est-à-dire: « je vais faire cela parce que personne n’a pense à le faire »). Au reste, par contre, il n’y a que de l’intentionnalité. Et, même à posteriori, c’est encore pire que cela. C’est-à-dire que même les choses les plus fortuites ont toujours trouvé une explication. Et je me refère cette fois-ci aux comerciaux. Les créatifs possèdent un simple cahier de charges, c’est ce qu’on appelle globalement une « copy-strategy » qui sert à indiquer la cible potentielle, la nature du produit et son avantage sur d’autres produits (le prix, les services, la proximité, la variété..), mais aussi l’argumentation qui sera utilisée pour convaincre la cible. La cible est choisi après avoir fait des études de marketing. Ces études peuvent vous indiquer, par exemple, que les produits de beauté intéressent cette année, surtout les hommes. Et, donc, comment vendre un produit de beauté aux hommes.

dans son travail pour convaincre les gens d’acheter une certaine marque, la publicité agit sur trois plans ou régistres : l’information, le changement d’attitude et le changement de comportement. L’information veut dire: « je suis là et je fais cela et cela ». Si les gens sont intéressés, ils vont venir d’eux-mêmes. Changement d’attitude c’est changement d’image, comme c’est le cas, par exemple, de « Crédit Lyonais ». C’est un message adapté en fonction des cibles. Le changement de comportement va intervenir ultérieurement dans la communication. Par exemple, on veut vous faire acheter le produit plus souvent. C’est l’exemple de Mc Donald’s avec McMorning.

Je vais vous exemplifier comment une publicité évolue en temps en changeant de discours. Je prend le cas des « protéctions féminines ». Avant, l’approche c’était « des choses qui concernent la maman ou la grand soeur ». On ne se posait pas la question de s’adresser aux jeunes filles. La pub s’adressait à maman et , indirectement à la jeune fille qui s’inquiétait de ce qu’il lui arrivait. On comptait beaucoup sur la prescription de la mère. La mère achetait deux paquets et ensuite donnait un à sa fille.

Lorsqu’on a posé la question de gagner d’autres parts du marché, les gens du marketing ont du coup, changé de message. Non, les jeunes filles ne doivent pas utiliser le même type de protection que leurs mères. Elles font du sport, elles bougent beaucoup, donc, il leur faut des choses plus légères, qui tiennent presque toute la journée. Et, voilà Nana avec le paquet « Jean » sympa, plein de couleur, qui ne laisse pas deviner son usage (il peut être n’importe quoi: un paquet de mouchoirs, une pellicule photo...). Et, en plus, avec un code de couleurs absolument étonnant. Une pub de début des années ‘80 signée Claude Miller, ayant pour couleur « le rouge »! Et c’était du coup, totalement cohérent avec le discours du produit. On n’a plus de complexes, on a plus peur! Et, voilà comme on a crée un marché uniquement pour les jeunes filles.

A la fin des années ‘80 on est encore une fois obligé de changer de discours. C’est « Always » qui apparaît avec le message « problème-solution ». On va faire comme pour les couches-culottes. C’est de la pub lessivière. Et comme, par hasard « Always » c’est « Procter ». Et avec ce discours ils sont devenus des leaders du marché. Parce que, ils ont dit : On va appliquer un discours pour tous les gens à qui cela pose encore un problème. Pour qui les règles ce n’est pas une marque de la féminité, comme c’est le cas pour « Vania », c’est seulement un problème qui doit avoir une solution adéquate.

Quel est le rapport entre le type de femme choisit pour présenter une pub et le discours utilisé ?

Le type de femme utilisée dans les pubs est directement liée au discours envisagé. Si l’on veut mettre en avant quelque chose d’extrêmement sensuel on ne va pas mettre Claudia Schiffer. Claudia Schiffer c’est l’archétype de la femme puritaine. Dans tous ses interviews elle n’arrête pas parler de santé, de sport, de ce qui est bien et de ce qui est mal. Elle est totalement moraliste. Cindy Crawford, de son côté, c’est le type de « executive woman ». On imagine que les femmes dans les banques de New York lui ressemblent. C’est ce modèle-là. Le modèle de l’Amérique triomphante, jeune, pleine de confiance en elle, sportive. Naomi Cambell représente le type « jungle feaver ». C’est la beauté exotique, mystérieuse , une sorte de « sorcière wodoo ». Cela a bien marché à une certaine époque, et puis là, maintenant, on s’aperçoit qu’il n’y a dans les défilées françaises: pas plus de deux mannequins noirs, dans un défilée de 48 personnes.

Jusqu’aux années ‘80 on a eu 20 ans de culte absolu des grands couturiers français, avec un certain type de femme, complètement plate, longiligne etc. Et puis, au début des années ‘80 on a les nouveaux couturiers, style Jean-Paul Gaultier, qui veulent choquer. Et, forcement, ils ont eu besoin de mannequins qui eux aussi, ils choquent. Et c’est totalement cohérent avec leur stratégie de marketing. Ainsi, Grace Jones a été promue par Jean-Paul Gaultier. Par conséquent, on doit toujours réfléchir sur le type de discours qu’on a envie de servir. Il y a le top-modèle en tant que simple top-modèle avec les 5-6 noms interchangeables qui se trouvent en haut du top. On parle ici d’un modèle « dominant » qui marche bien partout en monde ou, autrement dit, d’une beauté « standardisée », extrêmement consensuelle et sans aspérité.

Pour ce qui concerne le « body building », il est vrai qu’avec une femme comme Cindy Crawford qui, en plus, sorte de cassettes de « mise en forme », on assiste à une certaine « masculinisation » de la femme. Si l’on regarde la série « Friends » c’est particulièrement notable. Jennifer Aniston, l’actrice qui interprète Rachel dans le film, dans le 4ème volet de la série elle commence à se muscler, dans le 5ème volet on lui voit les muscles du cou. Mais il s’agit simplement d’une question de valeur. Si l’on n’a que ces modèles-là autour de soi, on dit que « maintenant la mode pour les femmes c’est avoir plus de muscles ». On la prend pour une évolution naturelle. Mais je me rappelle d’André Mauroix qui disait: « Développer le sport d’une manière impérative c’est la meilleure façon de créer une génération de crétins malfaisants ». Quelqu’un qui est trop sûr de son corps ne respecte plus tout ce qu’il reste comme, par exemple, l’esprit. Pour la publicité c’est pareil: elle ne peut pas défendre à la fois le culte du corps et la cultivation de l’ésprit. Alors quand on dit « Soyez plus beaux! » cela ne veut pas forcément dire « Soyez intelligents! ».

Quelques mots sur le discours proprement-dit...

Je crois que ce qui qualifie le mieux la figure de style fondatrice de la publicité c’est l’hyperbole. C’est-à-dire une exagération totale, sans aucun complexe, totalement volontaire et visible. Cela fait partie du code. Il y a dans la pub tous les types de langage. Un produit ne peut pas se contenter de dire « je remplis tel besoin ». Sauf si l’on ajoute un autre valeur. Il y aura ainsi, plusieurs niveaux dans le discours. Par exemple, dans le cas de la pub pour « Sprite ». On voit un groupe de jeunes sublimes sur une plage, qui avancent en ralenti. Et une voix qui dit: « Qu’est-ce qu’ils peuvent boire les beaux gens quand ils ont soif? ». Du coup, un jeune quelconque passe dans le coin en tenant dans sa main une canette de « Sprite ». A ce moment-là la voix continue: « La même chose que le reste du monde! ». Et le message est: « obéis à ta soif! ». Au second degré le message peut devenir « même si vous n’êtes pas beau, buvez Sprite et vous serez cool! ». Le tout est que les gens s’apperçoivent qu’il y a parfois un « déuxième degrè » !

Mlle. Chérine, Cabinet « Printemps Mode Conseil »,

le vendredi 30.07.1999 (15h-16h)

Qu’est-ce que la chromopsychologie ?

La chromopsychologie a été inventée, il y a 20 ans par Josy Mermet et il s’agit, en fait, de quelque chose pour mettre la personne en valeur au niveau de son apparence, cela peut être aussi bien les vêtements, la coiffure, le maquillage, mais tout en partant de sa personnalité. Cela n’a rien à voir avec les autres re-lookeuses, ici il s’agit d’abord d’une analyse de la personnalité à partir de la texture de la peau, de la texture des cheveux, de la structure du visage, tout cela c’est des éléments qui donnent au chromopsychologue une piste pour décrypter le tempérament et le caractère de la personne. Il y a un peu de la morphopsychologie, un peu de la caractérologie, et c’est vraiment un flash, c’est-à-dire que, par exemple, en morphopsychologie on doit prendre un tas de mesures, des choses qui demandent du temps, tandis qu’ici, le chromopsychologue réussit sur place de décrypter la personnalité. Il va parler d’inné et pas d’acquis parce qu’il n’est pas une sorte de voyante, il ne connaît pas l’éducation des personnes, ou la façon dont elles vivent, leurs professions, mais ce sont toutes les choses qu’on a au départ, des choses qui ne changent jamais: la texture de la peau, la structure du visage, la texture des cheveux, qui vont évoluer dans la vie mais qui sont là au départ et qui vont rester toute la vie. C’est pour cela, en fait, que le style que le chromopsychologue va proposer à la personne concernée, les couleurs, les textures, les matières, ce sont des choses qui lui iront toute sa vie et puis, selon ses envies, elle peut tout à fait aller vers une chose ou vers un autre.

Quel rôle va remplir le chromopsychologue dans une analyse d’image personnelle ?

Il va réaliser ce qu’on appelle le teste de personnalité. Le client arrive, le chromopsychologue, sans poser aucune question sur lui, parce que en posant des question, parfois le client a la tendance de répondre ce qui lui convient, ce qu’il aurait envie d’être, soit inconsciemment, soit consciemment parce qu’il a envie d’être quelqu’un d’autre. Tandis que là, le chromopsychologue regarde seulement la personne et c’est vraiment regarder attentivement la personne en face et, à partir de tous ces éléments qui composent sa personnalité, de dire ce qui peut la mettre en valeur. Et le premier élément c’est, justement, la couleur. C’est la première chose qu’on voit sur quelqu’un. Comme pour un emballage, dans un magasin, la première chose qu’on voit c’est la couleur, après c’est la forme et après c’est le contenu. Et alors là, c’est pareil. La couleurs des vêtements doit être en cohérence avec le tempérament de la personne, c’est ça le charme: ne pas avoir de décalage entre la personnalité et l’apparence extérieure. Et le chromopsychologue veut trouver justement cette harmonie. Le deuxième élément, la forme des vêtements sera accompagné par la texture du tissu, qui est très importante, parce que certaines textures peuvent aller des certaines couleurs mais pas avec d’autres. En fait, toutes les couleurs sont belles, toutes les matières sont belles à condition qu’elles soient bien harmonisées et qu’elles correspondent vraiment à la personne qui les porte. Ainsi, on va essayer de trouver tous les éléments qui vont faire qu’il y a une harmonie complète et qu’il n’y a pas une décalage. Donc, tout doit correspondre à tous les niveaux. C’est pour cela qu’il y a aussi des conseils de coiffure, de maquillage...

Quel est le déroulement d’une séance ?

Pendant le test de personnalité, la personne arrive, dans un premier temps il y a l’analyse du chromopsychologue qui va parler des couleurs, des textures et des matières. Pendant ce temps-là, il y a la styliste qui dessine sur un tableau des silhouettes pour expliquer les carrures, les textures, les longueurs des vêtements mais aussi les accessoires qui vont avec, tout ce qu’il va correspondre au style vestimentaire de la personne respective. Ensuite, il y a la maquilleuse qui va réaliser le maquillage dans les bonnes couleurs, avec aussi, le dosage qu’il faut, parce qu’il y a des personnes qui auront un maquillage très contrasté, d’autres qui, au contraire, auront un maquillage très naturel, presque imperceptible, une sorte de « non-maquillage ». Ce qui est important c’est le fait que chaque personne soit individualisée à travers ce teste de personnalité. Ainsi, toutes les personnes seront forcement différentes et elles ne vont ressembler dans aucun cas avec celui qui donne les conseils d’image, comme c’est parfois le cas pour certaines re-lookeuses. Elles vont être, en fait, elles-mêmes, rien de plus.

Il y a, en total, 20 typologies différentes. On retrouvera, par conséquent, toujours des mélanges des choses très sensibles qui vont aller d’une manière tout à fait distincte, à une certaine personne et pas à une autre. On peut retrouver des personnes qui ont une côté assez froide et distante mais ce n’est par pour cela qu’on va leurs remettre des couleurs très vives. Parce qu’il y aura forcement un décalage, on verra uniquement le vêtement et pas celui qu’il porte. Par exemple, pour quelqu’un de réservé, si l’on lui fait porter une couleur comme orange, c’est sûr qu’on ne verra que ça. Et la personne va forcement disparaître. Le but n’est pas d’être un portemanteaux pour un beau vêtement, mais de trouver une tenue qui, même si elle va garder ce côté-là, de réservé, va ajouter aussi le côté « class ». C’est trouver la bonne couleur avec le vêtement qui va lui correspondre pour que la personne en question garde vraiment cette prestance sans faire de cela un déguisement. C’est pour cela qu’il ne faut pas forcement de leur mettre de la couleurs à tous les gens si cela ne le correspondent pas du tout. C’est pareil, par exemple, au niveau de la cravate. Surtout pour les hommes. Il y a souvent le côté stricte, de porter un costume gris, avec une cravate qui doit être conforme à cet air de rigidité. Mais si la personne est quelqu’un de chaleureux et de naturel, il sera presque nul dans un style un peu « gentleman-farmer » mais, par contre, il aura plus de prestance, même sans cravate, s’il va porter une tenue décontracté qui va avec son tempérament. On aura toujours plus de force et plus d’impact lorsqu’on est soi-même.

En ce qui concerne « la norme » vestimentaire assez rigide dans le cadre des entreprises, il y a justement des entreprises qui ont compris que de mettre la personnalité des gens en avant cela leurs donnera plus de poids. Donc, elles ne veulent plus, justement, que leurs employés portent des uniformes, elles veulent qu’on leur trouve le style qui leur donnera la possibilité d’être plus persuasifs, d’avoir plus de force et aussi plus de prestance. C’est sur ce point qu’on travaille. Et, donc, ce sont les entreprises qui nous contactent après y avoir réfléchi. Elles nous font ainsi confiance.

Dans notre agence de « Conseil en image personnelle » on fait tout pour éviter les clichées. C’est pour cela que même quand on fait le test de personnalité à une personne qui est, par exemple, envoyée par son entreprise, il doit se présenter tout seul, ni le patron, ni quelqu’un d’autre ne doit l’accompagner pour ne pas influencer le test, avec son propre avis. C’est pareil pour les jeunes filles, elles ne seront pas accompagnées par leurs mamans au moment du test de personnalité. Parce que tout le monde est unique et c’est justement le fait de mettre en relief cette unicité qui nous intéresse.

Quelle est la différence entre un maquillage effectué dans un Institut de beauté et celui réalisé après un test de personnalité ?

La différence entre un maquillage réalisé après un test de personnalité et un maquillage réalisé dans un institut de beauté c’est que dans un institut de beauté on va vous dire, par exemple, « voilà, cette année le prune est à la mode, alors, pour cette soirée on va vous mettre du prune, on va vous faire les yeux comme ça, cela va faire très chic... », on va s’adapter soit à la mode, soit à l’occasion, soit on va vous demander la couleur de votre robe, alors qu’il s’agit simplement de clichées. Dans notre agence, avant de faire un maquillage, avant de proposer des vêtements, il y a cette analyse de la personnalité qui est vraiment très importante parce que tout part de cela. Lorsque je vous parle du maquillage ce qu’il y a des personnes pour lesquelles la couleur de leur maquillage va aussi dépendre de leur gamme de couleurs. C’est la même chose pour le dosage choisi dans un maquillage, la façon de poser les couleurs... Il n’y aura pas forcement des maquillages qui iront pour le soir ou pour le jour... C’est trouver simplement le style personnel, qui va s’adapter à tout, avec des nuances.

Il y a une correspondance quelconque entre la tenue proposée par le styliste de l’équipe de conseilleurs en image personnelle et celle proposée par les créateurs de mode ?

Dans les défilés de mode, il y aura toujours le côté « spectacle ». Chaque créateur va créer pour des femmes qui lui ressemble. Si, par contre, le créateur comprend que toutes les femmes sont différentes, il pourrait toucher ainsi le plus de personnes. Les créateurs ont leur propre état d’esprit, et tous ceux qui travaillent avec eux vont essayer de s’accommoder dans leur style avec cet état d’esprit. En outre, chaque défilé est une petite histoire. Mais, aujourd’hui on se rend compte de plus en plus que les gens veulent créer leur propre mode. Avant il y avait les diktats mais maintenant on voit une partie de gens voyager vers un créateur, une partie vers un autre, ils vont mélanger des choses de couture avec des choses qu’ils vont acheter chez Tati, par exemple. Et cela, parce qu’ils ont envie de créer un style propre à eux, un style qui leur correspond. Et notre agence essaie de faire la même chose, c’est-à-dire qu’on ne va pas chercher un tailleur avec le tee-shirt d’un tel, on va justement prendre des choses chez différentes personnes pour créer vraiment un style qui correspond le plus à la personne. Et c’est aussi pour cela que les gens sont de plus en plus en demande parce que, je crois, ils n’ont plus envie d’une mode comme ça, ils n’ont plus envie d’avoir comme modèle une page de magazine, ils veulent avoir leur style qui les correspond le mieux.

Les apparences comptent beaucoup dans notre société. Même les gens qui disent qu’ils ne font pas attention à la mode, le matin ils sont obligée de faire un choix parmi leurs habits. Même dire « je n’ai pas envie d’être à la mode » c’est quand même une réaction par rapport à la société. Notre travail, par contre, peut apparaître comme une sorte d’anti-mode, parce qu’on prend de la mode des choses qui peuvent sembler indémodables pour la personne. Si la personne va acheter quelque chose qui n’est pas forcement à la mode mais va lui correspondre le mieux possible, ce choix va passer toujours. Et il ne s’agit plus de côté éphémère de la mode.

Qui sont les gens qui font appel à une agence de conseil en image personnelle ?

Ce test de personnalité réalisé par le chromopsychologue représente pour la personne en cause un investissement pour toute sa vie. Elle va partir avec son dossier V.I.P(Votre Image Personnelle) avec toutes les indications sur la façon dont elle doit se présenter pour être en accord avec soi-même. On a aussi bien des personnes d’une cinquantaine d’années qui, après s’être occupées de leurs enfants, ont envie de s’occuper d’elles mêmes, mais aussi des jeunes femmes qui sortent de l’école, qui vient d’avoir un petit budget mais veulent être au mieux à leur premier entretien. Donc, elles vont faire le démarche de venir et, en fonction de leur budget on va trouver quelque chose. Ici, au Printemps, il y a toutes les marques, et, donc, même avec un petit budget on fait du « suivi », c’est-à-dire de l’accompagnement d’achat, et on sélectionne des tenues en fonction de la personnalité du client et dans les limites de son budget. Parce que c’est dommage de se dire « a, aujourd’hui je ne sors pas, ce n’est pas grave ». Il vaut mieux être toujours le mieux qu’on puisse.

Un mot sur les apparences véhiculées par les média et par les créateurs de mode...

L’affichage et la publicité dans les média ont un impact très fort sur les gens. Le problème c’est qu’ils ne vont pas se retrouver tous dans les produits dont on fait la publicité et qui, apparemment, iront toujours à tout le monde. Mais il y a quelques personnes à qui ça va, et d’autre à qui cela ne va pas. Dans un conseil d’image on essaie justement d’indiquer à chacun ce qui lui va vraiment bien du point de vue maquillage, vêtements, coiffure...La mode en maquillage c’est comme la mode en vêtements. Il y a là aussi des diktats et il y aura des gens qui voudront le faire parce que c’est à la mode. La mode, en général, cela marche par tendances... Les grands couturiers vont décider, chacun de son côté, « tiens, cette année moi j’ai envie de travailler dans le rouge », et l’année d’après tout va entrer dans la chaîne de la grande distribution. Maintenant, tout cela va de plus en plus vite... Avant c’étaient les grands couturiers et puis c’étaient les petites marques. Aujourd’hui, à l’intérieur de la même année, les petites marques arrivent à rattraper la haute couture. Ainsi, on va trouver un vêtement très, très cher avec sa réplique, sa copie, évidemment moins chère. Le rôle de notre agence n’est pas celui de s’adapter à la mode mais d’aider nos clients à se mettre en valeur, à mettre en valeur leur personnalité. Unique.



Dr. Guerrineau, nutritionniste, le mercredi 28.07.1999 (15h-15h45)

Quelles sont, dans la vision d’un nutritionniste, les changements les plus visibles dans notre société ?


Il y a plusieurs phénomènes qui concernent l’environement social. Parmi eux : la regression du dysmorphisme sexuel; la proppagation de l’idèal narcissique; le développement sans précedent des télésystèmes (qui impregnent la société d’images tout en coupant l’imaginaire des gens, remplacé du coup par un autre, déjà peuplé des images);l’effritement des rôles sociaux (dû au mouvement féministe); l’apparition, de plus en plus, de la famille « sans père »; et l’absence de l’instance d’autorité, due à l’effritement des rôles dont je vous ai parlé. Ce sont surtout les transformations qui pourraient vous intéresser vous, en tant que sociologue.

Comment expliquez-vous cette ampleur sans précedent de l’idèal narcissique ?

Je crois qu’il y a plusieurs raisons. Les systèmes publicitaires, par exemple, jouent un rôle extrêmement important. Prenons les appareils de gymnastique à domicile qui seraient censés de faire maigrir les gens. Mais ce type d’activité physique n’a jamais fait maigrir qui que ce soit ! Parce qu’on ne s’attaque pas aux graisses de resèrve mais, pour le début, uniquement au sucre qui se trouve au niveau du foi et des muscles. En se privant de manger encore quelques temps, tout ce qu’on fait c’est bruler la masse musculaire. Les graisses de reserve, elles, restent en place pour assurer la fonction de base de l’organisme humain, celle de la réproduction. Parce qu’au niveau de notre organisme, tout est conçu pour assurer cette fonction et, à travers elle, la pérénité de l’espèce. Ainsi, l’indice de masse corporelle (le rapport entre le poids et la taille au carré), a normalement la valeur 18. Les anoréxiques, qui ont ce rapport de 16, n’ont plus de règles ! Il s’agit simplement d’une protéction naturelle de l’organisme pour assurer une grossesse normale

Avec des défilés de mode il y a encore des fausses images qu’on perfuse. Les femmes devraient savoir que certaines des top-modèles sont des êtres génétiquement maigres, elles sont construites comme les hommes (1,85m et 65 kilos, elles n’ont pas de hanches, de seins..). Ce ne sont pas ce qu’on appelle normalement « des reproductrices ». Mais, en les exhibant, on arrive à influencer l’imaginaire des gens, d’une manière, parfois, dramatique. C’est le cas de ce qui s’est passé en Espagne, où les autorités médicales ont interdit la présentation des mannéquins en dessous d’une certaine taille. Il s’agissait, par conséquent, d’un problème de santé publique.

Pour moi, en tant que nutritionniste, une chose est claire : tant qu’il n’y a pas de risque de porter atteinte au bon fonctionnement de l’organisme, on peut essayer n’importe quel régime. Mais, malheureusement la tendance actuelle est d’essayer de perdre de poids d’une manière abérante, en mettant en péril la capacité même de réproduction. Et je trouve ça très dangereux. Et cette tendance reste tributaire au fonctionnement des télésyqtèmes qui font passer en même temps des faux conseils et des images en total désacord avec la réalité.

C’est aussi le cas du message « Buvez (un certaine eau minérale) et éliminez ! ». En réalité, il n’y a aucune recherche médicale qui aviserait l’effet d’amincissement produit par l’eau minérale sur l’organisme humain. Mais, la publicité, en s’en servant d’un simple jeu de mots, « travaille » l’imaginaire des gens. La publicité ne dit rien sur cet effet mais elle fait tout pour qu’on le pense!

Un maladie comme la dysmorphophobie peut être liée à cette perfusion d’images ?

Vous savez, il y a eu, il y a et il y aura toujours des névrosés dans notre monde. Je parle des névrosés et pas des psychotiques. Ce sont des gens qui ont des névroses obsessionnelles passagères mais qui, par la perfusion permanente des images (sur le corps parfait, par exemple) peuvent devenir des vrais « accrocs » de ce sujet. Une maladie comme la dysmorphophobie existe depuis toujours sauf qu’aujourd’hui elle est de plus en plus repandue. La plupart des cas se manifestent entre 15 et 20 ans, et c’est absolument normal. C’est l’âge où on perçoit la séduction du réel, où on essaie de s’identifier. Mais, après cette âge, cela devient anormal. A 20 ans, je trouve, on doit connaître son corps et surtout on devrait l’accepter en tant que tel. Mais, malheureusement, j’ai rencontré des gens qui, après 20-25 ans, n’arrivent pas connaître et accepter leurs corps. Et à partir ce moment-là, le cas devient carrément psychotique. On passe du stade de simple névrose au cas de psychose.

Pourquoi cette valorisation excessive du corps ?

Mes propos pourraient vous paraître dures mais je trouve que tout est lié au fait que les gens s’abêtissent de plus en plus. Ils sont de moins en moins cultivés.Dans une vie on peut pas être partout, on ne peut pas être à la fois bien dans sa tête et bien dans son corps. Aujourd’hui les gens ont choisi s’occuper de leurs corps, c’est plus facile. En plus le corps apporte beaucoup plus d’argent que le poste de professeur à l’Université. Et plus rapidement, aussi. Est ce que l’espèce humaine s’est améliorée? Non, elle a réussit d’améliorer uniquement son environnement, c’est tout.

Si l’on conçoit l’abêtissement comme une perte d’un part de personnalité, c’est claire qu’on n’est plus soi-même. On essaie de ressembler à quelqu’un d’autre. Et maintenant on trouve devant soi tout ce qu’il faut pour inciter à ressembler à quelqu’un d’autre. Cela s’est dépuis toujours passé comme cela. Mais, maintenant tout devient plus problématique parce que les moyens de communication ont connu un développement extraordinaire. Avant, les gens étaient assez peu manipulables, justement à cause de la manque de ces moyens de communication. Tout se passait de façon linéaire: la mère ressemblait à sa grand-mère, la fille, à sa mère et ainsi de suite.

Il y a une norme à suivre dans cette valorisation du corps ?

Dans ma vision la norme n’existe pas. Etre normal cela veut dire « être bien dans sa peau ». La norme implique une multiplicité de facteurs, elle implique aussi de la manipulation, et il y a surtout l’évolution du narcissique et l’absence de l’identification à la fois. Perte d’identification, perte de rôle, d’autorité (qui a justement la fonction de valoriser les gens). Et ainsi, on est obligé de valoriser autre chose, le corps, par exemple, parce que c’est plus facile à faire. En outre, on n’a plus besoin d’imaginaire. Et dans le domaine du corps l’imaginaire est, peut-être, gigantesque. On peut délirer, fantasmer, faire tout ce qu’on veut.

D’après vous, les modèles qui influencent l’imaginaire changent ou restent les mêmes ?

Je pourrais vous donner comme exemple les pays arabes. Autrefois, la prise de poids par la femme représentait une valorisation du mari. Plus la femme était grosse, plus le mari était riche. Mais maintenant ce modèle disparaît. Donc, cette valeur de grossissement ne tient plus. Cela ne représente plus la richesse. Maintenant on sait que cela représente plus la maladie.

Autrement dit, le modèle change. Les cheveux, par exemple. Des cheveux long ou des cheveux court? En Europe, par rapport à l’Afrique, les cheveux longs est dominant par rapport aux cheveux courts ou c’est l’inverse? Les hommes, en général, ont les cheveux courts, en Europe. Les femmes, par contre, ont les cheveux longs. Par contre, une femme européenne, lorsqu’elle se met à travailler, raccourcit volontairement ses cheveux. Comme quoi, la valorisation par le travail d’une personne raccourcit les cheveux. Cela devient un dominant. Alors qu’en Afrique c’est l’inverse. En Afrique l’esclave est tondu et le chef, il a les cheveux longs. C’est la signe de valorisation par rapport à l’autre. Mais cela dépend du pays et de sa culture.

Mlle.Sévrine Roy, Institut « Yves Rocher », le lundi 23.08.1999 (14h30-15h15)

Quels sont les soins pratiqués dans un Institut de Beauté ?

Dans un Institut de beauté, au niveau de soins qu’on peut effectuer, il y a d’abord les épilations, les soins de visage (soins basiques et soins antirides) et les soins de corps. Ce qui marche beaucoup au niveau de soins de corps c’est l’amincissement, avec plusieurs techniques :la cryodérmie et la stimulation musculaire. Dans la stimulation musculaire on utilise un appareil où on pose des plaques sur les points moteurs des muscles. Grâce à des stimulations électriques on produit une seconde de travail, une seconde de repos. Cela permet de dégager les graisses qui se trouvent sur les muscles, de rendre la peau plus ferme surtout lorsqu’on a maigrit et la peau s’est ramollie. Sinon c’est la cryodermie qui se fait par le biais du froid. On enfile un caleçon imbibé d’une lotion réfrigérante à base de plantes, des pieds jusqu’à la taille. On garde ce caleçon pendant une demi heure environ, et le corps ayant froid il va chercher à consommer ses graisses. Les résultats obtenues par cette méthode permettent une perte de poids plus importante que l’utilisation de la stimulation musculaire. La stimulation musculaire cherche plus à remodeler le corps. La plupart des femmes utilisent plutôt la cryodermie, elles essayent d’être parfaites pour ressembler aux modèles présentés par la publicité. Les femmes se trouvent beaucoup de complexes, finalement. Avant elles ne se souciaient de leur apparences, beaucoup d’entre elles étaient femmes au foyer, et elles étaient telles qu’elles étaient. Alors que maintenant on est dans une société plus active où l’apparence joue beaucoup aussi bien au niveau professionnel que dans la vie privée. Et c’est vrai aussi qu’il y a beaucoup de modèles à la télé et dans tout le reste. Aujourd’hui la femme fait attention à elle, essaie de corriger tous les petits défauts, les petites imperfections, elles essayent de les palier, de faire quelque chose. Il s’agit surtout des femmes entre 20 et 40 ans. Plus elles sont jeunes, plus elles aspirent à un corps parfait. Elles ont des idées idéalistes sur elles. En vieillissant les femmes vont chercher plutôt à corriger les diverses imperfections.

A quelle région de leur corps les femmes françaises prêtent le plus d’attention ?

Les femmes accordent le plus d’attention aux hanches, aux cuisses, et aux fesses. C’est vrai que le gros problème des femmes c’est que la graisse apparat plus facilement dans ces régions-là. Cela dépend de chaque morphologie. C’est vrai que parfois il suffit d’un petit régime amincissant ou des stimulations musculaires. Mais, encore une fois, tout dépend de la morphologie qu’on a au départ. Par exemple, une jeune fille qui a un bassin assez large , elle ne fera jamais une femme menue. On peut pas diminuer la masse osseuse.

Et en ce qui concerne les soins des jambes, des pieds ?

Il s’agit de faire « la beauté des pieds », c’est-à-dire limer les ongles, faire un modelage du pied. On parle de « modelage » de pied et pas de « massage » parce que le massage reste plutôt le domaine de kinésithérapeute. Le modelage est pratiqué uniquement sur un corps sain qui n’a pas de maladies particulières. Ainsi, on va chercher à masquer un problème de peau, on passe de la crème, on appuie sur les zones sensibles, on pratique également la pose du vernis, on traite la corne des pieds, des traitements purement esthétiques sans aucun caractère médical. On pratique aussi le massage du corps car les femmes actuelles sont souvent stressées et elles recherches des moyens pour se délasser. Il s’agit de séances de relaxation qui s’ajoutent aux traitements esthétiques. Actuellement les femmes sont très stressées, elles ont besoin de se sentir bien dans leur corps. Pour cela elles font appel au massage et au modelage. On agit sur les nerfs sensitifs, sur les muscles, on insiste sur les zones qui peuvent délasser. Pour les jambes on pratique l’épilation. La moitié de la clientèle fait les « dessous de bras », le maillot, les jambes. En fait, il y a deux méthodes: l’épilation et la dépilation. L’épilation arrache le poil, la dépilation consiste à couper le poil avec un rasoir voir même un appareil électrique. Une fois le poil coupé, il durcit, il s’épaissit, il noircit. Mais c’est un procédé qui coûte moins cher que l’épilation. Mais les femmes seront obligées de le faire presque tous les jours.

En quoi consiste une séance de maquillage dans un Institut de beauté ?

Tout comme les agences de relookage, on donne également des conseils à nos clientes sur la façon de se maquiller. On effectue différents types de maquillage: de jour, plutôt naturel, pour des soirées un peu plus sophistiqué à cause de la faible luminosité...On cherche parfois de masquer les petits imperfections, par exemple les rougeurs. Les femmes françaises se maquillent, mais je ne parle pas ici d’un maquillage complet. Soit elles mettent un peu de mascara, soit un peu de fond de teint... J’ai aussi l’impression que les jeunes filles se maquillent moins que les femmes d’un certain âge. Elles essayent de rester les plus naturelles, de mettre en valeur leurs atouts personnels. Par contre, les femmes de 35 ans essayent de mettre en évidence, par exemple, leur regard, et celles de 60 ans ont, malheureusement la tendance d’utiliser trop de maquillage, ce qui contribue à accentuer leurs rides. Elles cherchent à se mettre en valeur mais sans y arriver, sans doute à cause de manque de conseils. Un maquillage ne doit surtout pas transformer une personne, il doit seulement mettre en valeur les atouts d’une personne: des beaux yeux, une belle bouche. Le maquillage dans l’institut on le fait occasionnellement, pour des soirées ou pour des mariages. Ce qu’on pratique surtout ce sont les épilations, le soin du visage, le soin du corps.

Quant aux images des femmes qu’on voit à la télé, on doit être conscients que la télé déforme beaucoup la réalité. J’ai eu l’occasion d’assister à une séance de maquillage et je peut vous assurer, la transformation opérée sur la femme était extraordinaire. Je ne parle plus de la couche de fond de teint qu’ils lui ont appliquée, très épaisse, c’était vraiment affreux, vu de près. On pourrait jamais sortir comme ça. Par contre, c’est vrai, devant la caméra, cela donne des effets fantastiques. Et, évidemment, ce qu’on voit c’est une peau parfaite parce que, de toute façon, il ne s’agit plus de la vraie peau mais d’une bonne dose de fond de teint. De toute façon, pour les gens qui regardent à la télé, tout apparaît dans un état parfait.

Il y a aussi les séances des U.V...

Le bronzage artificiel est fait toute l’année mais surtout avant et pendant l’été. Les femmes, avant de partir en vacances, veulent préparer leurs corps pour être sur les plages déjà un peu bronzées. Il est vrai qu’il y a des femmes qui supportent mal d’être blanches les premiers jours de leurs vacances, surtout sur la plage. Mais, dans la plupart des cas, elles font cela pour préparer leurs peaux pour le soleil, et les UVs constituent une source de protection. Après quelques séances de U.V. la peau est moins fragile. Par contre, d’autres femmes vont pratiquer des séances U.V. simplement pour entretenir leur bronzage, pour entretenir leur visage parce qu’elles n’aiment pas être trop pâles. Ce qu’il faut savoir c’est que certaines femmes abusent des U.V., et, par conséquent, il existe aujourd’hui une réglementation de 20 séances U.V. par an. Chacune des clientes est munie d’une carte de circulation où on enregistre toutes les séances U.V. qu’il subisse. Malheureusement, cette réglementation est fait au niveau de chaque institut et pas au niveau national, ce qui ne va pas empêcher la personne en cause de migrer d’un institut à l’autre. Certaines femmes, la plupart dans les 35 ans, sont vraiment obsédées par le bronzage, elles sont marrons tout au long de l’année, elles croient que de cette manière elles auront une bonne mine même si, l’on sait bien, le soleil accentue le vieillissement.

Quels sont les produits de soins les plus demandés ?

Au point de vue produits de soins, les plus demandées sont les crèmes antirides et anti-âge, à base de rétinol. C’est ce qui se vend le plus. Déjà, à partir de 25 ans on peut commencer à les appliquer, simplement en prévention. Parce que, à partir cet âge-là les cellules vont se régénérer de moins en moins et les femmes préfèrent d’appliquer des crèmes de prévention anti-âge, j’ai connu même des cas de jeunes filles de 20 ans qui sont venues en demander, et j’ai été obligée de leur expliquer que ce n’était pas vraiment le moment. Dès très, très jeunes elles commencent à s’inquiéter de leur futur, au niveau de leurs corps. On doit quand même savoir qu’un ride, une fois apparu, il ne va jamais disparaître. Tout ce qu’on peut faire c’est de l’empêcher plus ou moins d’apparaître en agissant sur la structure de la peau. En outre, on demande aux produits cosmétiques d’être vraiment pratiques, d’une utilisation très rapide. Sinon, les femmes n’auront pas le temps de les utiliser. On doit avoir du temps à la fois pour s’occuper de sa famille et de son travail mais aussi de soi-même. Quant aux femmes face au vieillissement, on peut rencontrer des personnes qui refusent d’accepter leur âge, et des personnes qui essayent de bien vieillir et qui font attention à elles tout en acceptant la réalité.

Les hommes font-ils appel à vos services ?

Oui, ils commencent de plus en plus faire appel a nos services. Ils osent le faire. C’est un changement de mentalité, avant tout. Souvent, ceux qui font ça sont surtout des commerciaux, des gens qui rencontre tout le temps d’autre gens, et qui ont besoin d’être présentables. L’apparence physique joue beaucoup dans ce cas. Mais j’ai vu aussi des ouvriers qui sont venus, à cause des problèmes de peau liés aux conditions de travail. Des hommes ont commencer, eux aussi, d’utiliser des crèmes pour le visage. Surtout après le rasage, lorsqu’on a une peau sensible. Tout simplement pour se sentir mieux. Quand on regarde les cosmétiques, on observe que, de plus en plus, elles développent une gamme spéciale, pour les hommes. Et je ne parle pas ici de parfums. Eux aussi, en fin de compte, font beaucoup d’attention à leurs apparences.

Et, en ce qui concerne les personnes âgées ?

Les femmes âgées, de 70 ans, par exemple, ne visent plus, au moment où elles font appel à nos services, les 20 ans. Elles sont conscientes de leur âge, après tout. Elles viennent chez nous surtout pour le contact humain qui s’établit avec le personnel. Et donc, ces mamies qui manquent souvent d’activité à l’extérieur viennent se confier, parler à quelqu’un qui n’est pas du tout impliqué dans leurs vies. Simplement pour communiquer. J’ai connu personnellement des cas de personnes qui confiaient des choses qu’elles n’auraient jamais le faire devant leurs proches. Il y a ainsi des clientes qui arrivent à se soulager en parlant, après avoir établie une relation de confiance avec leurs esthéticiennes. Après tout, les gens qui viennent chez nous, viennent surtout pour se détendre, pour éliminer le stress de tous les jours. Cela peut se faire dans des séances de relaxation, dont je vous ai parlé, ou simplement, en communiquant, an parlant au personnel.

Les gens sont-ils influencés par les apparences véhiculées dans notre société ?

On vit dans une société où l’apparence joue énormément, où on triche sur beaucoup de choses: au niveau du corps, au niveau du visage. On montre une image qui n’est pas naturelle et réelle en quelque sorte. Et cela, évidemment, peut perturber certaines femmes. Par exemple pour les adolescentes qui se trouvent dans une phase où elles cherchent un peu leurs personnalités, cela peut beaucoup les déstabiliser.

Pr.Dr. P. Aimez, psychiatre, le mercredi, 07.09.1999 (14h45-15h30)


Comment un psychiatre spécialiste en troubles liés au comportement alimentaire définit la dysmorphophobie ?


Il y a un problème de définition, parce qu’on a un chevauchement entre la dysmorphophobie et les troubles liés à l’image du corps constants chez les anorexiques et les boulimiques qui ne sont pas délirants. Dans la population d’anorexiques et boulimiques on rencontre tous les types de personnalité : des personnalités névrotiques, des personnalités « normales », mais aussi des « borderline », qui sont très fréquents, peut-être au moins 30%, et des psychotiques qui représentent les cas extrêmes et qui sont rares. Chez les anorexiques restrictives on rencontre beaucoup de personnalités obssesionelles-compulsives (OCD - Obsessive Compulsive Disorder, TOC - Trouble obsessionel et compulsif). Mais les troubles de l’image du corps dans le cas des maladies liées à la nutrition ne sont pas identiques à celles qui concernent la dysmorphophobie. Quant à l’augmentation du nombre des cas dans le cadre des maladies alimentaires, il y a eu plusieurs discussion là-dessus. Oui, on a enregistré une augmentation surtout pour les cas de boulimie, au cours des années ‘80.

Il y a une littérature entière sur les jeunes filles, de plus en plus jeunes, qui font des régimes pour améliorer leurs apparences, pour être conformes au diktat de la minceur, il s’agit parfois des filles de 8 ans (!) qui sont déjà au régime. Elles sont de plus en plus jeunes et, en plus, le phénomène est devenue épidemique. Cela veut dire une espèce de concurrence qui s’instaure dans les collèges pour avoir le look le plus mince possible. On n’est pas dans la dysmorphophobie, ni dans l’anorexie non plus, mais dans ce qu’on appelle « les facteurs de risque » parce que c’est sur cette population qu’on va retrouver plus tard les vrais cas de maladie. On ne doit jamais oublier que 90% des anorexiques sont des filles ! Il faut, donc, en trouver une explication.

Quelle est la spécificité des troubles liés au comportement alimentaire ?

Les troubles du comportement alimentaire ont un caractère pluridimensionnel. Par exemple, on ne peut pas donner une explication uniquement génétique à l’anorexie. Il y a probablement des facteurs génétiques de « prédisposition » dans des familles avec des taux de concordance d’anorexie absolument impressionnants ou dans le cas de monozygotes pour lesquels le taux de concordance est dix fois plus élevé que pour les dizigots. Mais on ne sait pas encore comment cela se passe. Qu’est ce qu’il est hérité ? Il s’agit d’une disposition d’être gros ou par contre, d’une disposition d’être obsessif-compulsif, d’avoir une pensée rigide ? Est-ce qu’il s’agit simplement de mœurs alimentaires ? On ne le sait pas encore. Mais on doit pas se résumer aux aspects génétiques. On doit envisager différents aspects parmi lesquels celui socioculturel a son importance. J’ai été toujours intéressé par cette perspective pluridisciplinaire, j’ai essayé même de former une équipe pour qu’on aie tous les points de vue.

Il n’y a pas de « en général » dans le fonctionnement des maladies alimentaires. Chaque patiente a eu son propre parcours dans la vie et il aura ses raisons pour devenir malade. Donc, il faut pour chacune d’elle refaire une tranche de vie. Il y a des filles qui ont connu des abus sexuels ou psychologiques mais, il y a aussi des filles qui ont vécu dans des familles parfaitement normales, sans aucun problème. Par exemple, j’ai une patiente qui m’a dit de n’avoir aucun souvenir heureux, et de se sentir comme « une boule de mauvais souvenirs ». Et cela à l’âge de 40 ans. Alors, pour essayer de la guérir on effectue ce qui s’appelle « thérapie comportementale et cognitive » (T.C.C, Cognitive Behavior Therapy - C.B.T), mis à part le traitement médicamenteux. (Les patientes doivent tenir un journal où elles consignent leurs pensées, leurs « régimes » alimentaires etc.).

Voilà ce qu’elle écrit, sa peur de décevoir, la tendance d’associer « être grosse » à « être vulgaire », une croyance personnelle qui doit être cassée. Il faut qu’elle travaille là-dessus. Mais elle doit aussi travailler sur le look, les apparences, la désirabilité (elle croit que les hommes qui s’intéressent à elle ne sont que des vulgaires). Elle veut être aimer pour elle et pas pour son corps. Je lui ai posé la question suivante : « Mais si vous étiez maigre, vous vous aimeriez vraiment ? » Elle m’a répondu : « Oui, bien sûr, je me plairai beaucoup plus. » J’ai insisté : « Non, ce n’est pas ça. Est-ce que vous vous aimeriez plus ? » Elle n’a pu me donner qu’une réponse évasive surtout liée à sa peur de décevoir. Alors, elle doit travailler aussi sur l’affirmation de soi.

Dans la pratique thérapeutique on tourne toujours autour de quelques thèmes : le narcissisme, l’opinion des autres, les croyances personnelles vis-à-vis du fait d’avoir quelques kilos en trop... Parce que ces filles ont une équation mentale très stricte : pour être heureuse il faut être mince ! Si l’on a une taille 44, le bonheur est interdit ! Ce n’est pas de la dysmorphophobie, c’est ce qu’on appelle « des schémas mentaux » qui génèrent des pensées automatiques etc.

Il peut avoir des interférences entre la dysmorphophobie et les troubles de comportement alimentaire ?

Oui. Et pour les illustrer, je vais vous donner comme exemple deux cas que j’ai rencontré. Dans le premier il s’agissait d’une boulimique typique. Un jour, elle m’a dit : « Il faut que je voie un chirurgien esthéticien à cause de mon nez. » « Mais, qu’est-ce qu’il a votre nez ? » « Il est affreux ! » Alors, elle a été voir des chirurgiens qui, heureusement, n’ont pas été d’accord de l’opérer. Pendant quelques temps après elle n’a plus rien dit sur son nez. On continuait la thérapie pour guérir sa boulimie. Mais, un jour, elle recommence avec autre chose : « la cellulite ». Je lui ai demandé où elle voyait la cellulite sur son corps ? Alors, elle prenait la peau et la serrait comme une brute pour me montrer la fameuse « peau d’orange ». C’était une histoire entière sur la cellulite. Je n’ai plus rien dit et on a continuait la thérapie pour sa boulimie. On a travaillait ainsi sur « l’affirmation de soi » et je lui demandait faire des listes de qualités et de défauts. Elle « avait » tous les défauts possibles : moche, stupide, méchante, avare... Il s’agit là de l’estime de soi ! Heureusement, il y a eu des résultats. Elle a bien évoluée et, à la fin, je lui ai posée une question : « Et, alors, votre nez, comment il va ? » « Mon nez ? Mais qu’est-ce qu’il a mon nez ? Non, non, je sui très contente de mon nez ! » Elle était donc, contente de son corps mais, je dit encore une fois, on n’a pas travaillé sur la dysmorphophobie. Elle a disparu avec le reste : le syndrome boulimique, le manque de l’estime de soi, le manque d’affirmation etc. On sent très bien le lien.

Quel est le rôle de la thérapie cognitive et comportementale (T.C.C) ? Est-ce-qu’elle doit être toujours accompagnée par des antidépresseurs ?

La thérapie cognitive et comportementale (T.C.C) a été inventée au début pour traiter la dépression, en alternative avec les antidépresseurs. On s’est aperçu que les déprimés avaient des pensées négatives qui entretenaient la dépression. Ces pensées qui sont automatiques et qui se rapportent à des croyances profondes doivent être « remises en question » (challenge), et « travaillées » par des techniques qui poussent ce « challenge » encore plus loin. Si, par exemple, quelqu’un affirme d’être « nul », il peut se sentir nul à 100% ou à moins de 100%. On le demande alors : « Est-ce-que les autres pensent aussi que vous êtes nul ? » L’efficience de ce modèle de thérapie a été plusieurs fois prouvée. Chez les anorexique et les boulimiques on peut commencer avec des certains points de départ, des différents symptômes, pour obtenir après un effet de généralisation.

Quant aux antidépresseurs, on les prescrit lorsque la personne en cause est pratiquement incapable de suivre une psychothérapie, tellement elle est déprimée et négative. Pour faire une thérapie cognitive il faut avoir une communication avec le patient. Une collaboration. Il faut quelqu’un qui ne soit pas au fond du gouffre. Par exemple, quelqu’un de mélancolique. Les effets des antidépresseurs peuvent être constatés après un certain délai d’action. Il s’agit de recharger le cerveau au niveau de la sérotonine (ce qu’il fait « Prozac »). On obtient un résultat net huit jours après. Il faut aussi savoir que les anorexiques et les boulimiques sont hostiles aux médicaments. On a beaucoup de mal à les leurs faire accepter. Elles disent : « Je ne veux pas être dépendante, je veux arriver toute seule ! »

Et quant au deuxième cas dont vous vouliez parler...

Le deuxième cas dont je voulais vous parler c’est un vrai désastre, je dois le reconnaître. Elle a 23 ans, est anorexique et a passé déjà plusieurs séjours dans des hôpitaux psychiatriques. Mais, dans mon opinion, il s’agit plutôt d’un cas de dysmorphophobie. Cette jeune fille a la conviction que son corps est couvert de graisse. C’est ce qu’on appelle un cas « borderline », elle essaie d’enlever toute seule la graisse avec une seringue ou alors, avec un cutter. Lorsqu’on a commencé la thérapie elle ne mangeait que de pommes. Rien d’autre. Il faut voir aussi son discours : « Je pense constamment à la mort, tout au long de mes journées :bonbons, chewing-gum, pansements gastriques, j’ai besoin d’avoir tout le temps quelque chose dans la bouche. Le soir je suis envahie par la mauvaise conscience de ne pas avoir nourri mon corps... Ai-je faim ? Je me sens tellement ballonnée... ». Je lui ai demandé : « Mais montrez-moi votre ballonnement ? Il est où votre ballonnement ? Mais allez au Louvre, regardez Venus de Milo ! Une femme normale n’a pas un ventre plat. C’est encore un mythe. » Elle continue dans son journal : « Je crois avoir une relation sensuelle (sexuelle ?) avec les pommes. Aujourd’hui je suis en jupe, j’ai des jambes énormes, je ne suis vraiment qu’un tas de graisse répugnant ! Je suis grasse et grosse, c’est de pire en pire. Si cela continue à gonfler comme ça je vais m’envoler ! Pourquoi ai-je pris tant de poids en espace de quelques heures? Ce n’est pas pour la première fois que cela m’arrive. Je crains que cela ne soit de la graisse. Oui, c’est sûrement de la graisse. Mais d’où vient-elle? Je ne mange pas un gramme. Ni de féculentes, d’ailleurs. Et je mange moins qu’avant et pourtant je reste énorme. Je suis folle ! La graisse m’envahit, elle est partout... » Et elle est maigre, elle est en-dessous de son poids, elle est anorexique... Je la crois dysmorphophobique, elle a la phobie de la « graisse ».

Quel est le rôle du groupe G.E.F.A.B dans le traitement des anorexiques et boulimiques ?

Le groupe que j’ai constitué (G.E.F.A.B - Groupe d’études français sur l’anorexie et boulimie) a le rôle de mettre les gens atteints de maladies alimentaires en contact. Il a l’avantage de jouer comme support, comme système d’entraide sans l’apport d’un thérapeute (comme c’est le cas des « self-help therapy » qui incluent aussi des thérapeutes). De cette manière il n’y a pas d’autorité, pas de pression, les gens qui viennent là s’engagent entre eux à s’aider, à parler « vrai » (ce qui n’est pas si facile). Les échanges sont très intéressantes. Par exemple, une fille qui arrive en disant : « mais je suis énorme, je suis monstrueuse », les autres vont lui dire : « mais non, tu es très bien ! ». On à affaire au « double standard ». Par exemple, on a une fille anorexique, pour une taille de 1,70m elle pèse 50 kilos. Elle va se voir, évidemment, obèse, monstrueuse... Je vais lui demander qu’est-ce-qu’elle pense de sa soeur qui pèse 60 kilos, pour 1,70m, et qui devait, dans ce cas, être super-obèse. L’anorexique va répondre : « Mais, non, cela lui va très bien à elle ! ». J’ai eu l’occasion de connaître des jumelles (monozygotes) : lorsque l’une d’elles était anorexique, l’autre était boulimique et vice-versa, pour que les gens ne les confondent pas !

Quelle est la phobie la plus aiguë chez les anorexiques ?

Il s’agit de la graisse. Les anorexiques ne mangent jamais de graisse parce qu’elles font une relation directe entre la graisse consommée et celle qui se trouve sur le corps. Mais les conséquences du manque de graisse de l’organisme sont terribles : le cheveux tombe, les ongles se cassent, la peau devient comme du carton... En outre, s’il n y a pas de réserves de graisse dans l’organisme féminin, il n’y a plus d’ovulation. Ainsi, si l’on se trouve en dessous de 17% de masse grasse, il n y a plus de fonction reproductrice. Moi je lutte avec les anorexiques pour qu’elles consomment minimum deux cuillères d’huile d’olive, mais ce n’est pas évident.

Quel est le rapport au corps dans le cas des anorexiques et boulimiques?

L’image du corps a une nature composite. Tout d’abord, il y a la dimension néorologique à la base, ensuite celle psychologique, et à la fin la dimension sociale. Dans la terminologie anglaise ces trois dimensions sont traduites par : Body Percept, Body Concept et Body Affect. Lorsqu’on travaille avec les anorexiques et boulimiques, dans le cadre de T.C.C., on travaille aussi sur ces trois dimensions de l’image du corps. Ce qui est caractéristique pour les malades type « eating desorders » c’est qu’elles essayent de corriger un défaut narcissique, un défaut dans l’image du corps, par des régimes alimentaires. Une jeune femme qui n’a pas de confiance en elle, qui est en manque narcissique, si elle n’est pas anorexique ou boulimique, elle va récupérer ce narcissisme ailleurs, par autre chose. Une carrière brillante, par exemple ou avoir de beaux enfants. Tandis que l’anorexique ou la boulimique, elles croient qu’en modifiant leurs corps elles vont résoudre tous leurs problèmes. Le corps devient un sorte de « bouc émissaire », tout se passe mal parce qu’il n’est pas comme il faut.

En outre, la culture contemporaine, avec son culte du corps, sert comme prétexte pour des filles qui souffre d’un profonde manque narcissique. En fait, à cause des modèles qu’elle propose, impossible à atteindre, les gens n’arriveront jamais à être contents de leur look. Ils ne sont jamais confrontés à la réalité, ils poursuivent un but inaccessible. Et après, une fois entré dedans, on peut plus s’en sortir. C’est pour cela que, par exemple, des femmes boulimiques refusent de lire des magazines féminines, elles ont compris que ce type de littérature qui met en avant le mythe de la minceur, leur fait du mal.



Dr. J.-C. Hagége, chirurgien esthéticien, le jeudi 02.09.1999 (18h15-19h)

Comment un chirurgien esthéticien définit la dysmorphophobie ?

Les symptômes sont assez simples à décrire. Lorsqu’on voit que la personne décrit sa gêne liée aux apparences physiques d’une manière démesurément importante, on sait qu’on a affaire à une dysmorphophobe. Par exemple, elle va dire : « Mais avec le visage que j’ai je ne sors plus de chez moi ! », alors que la réalité montre un petit ride ou une petite bosse sur le nez. Mais on doit souligner un aspect important, des cas pareils il n y a pas souvent, environs 5% des personnes qui font appel à la chirurgie esthétique. D’habitude la demande vient de la part des femmes tout à fait responsables, des femmes qui travaillent, qui font plein de choses et qui demandent au chirurgien de retirer simplement des petits défauts physiques qui les gênent.

Alors, pourquoi il y a des personnes qui, devant un physique parfait, disent : « Mais, docteur, regardez ça ! Si je tire un peu de mon visage il y a un excès de peau. Je ne peu pas vivre comme ça! Je ne sors plus de chez moi, je ne bouge plus, moi je suis venue exprès pour cela, mon amie s’est fait opérée, elle n’a plus de rides... ». Des telles personnes on reçoivent et je peux dire qu’elles nous effondrent de fatigue, on est complètement vidés. Parce qu’elles ne comprennent rien, elles ne veulent pas comprendre, elles ne veulent rien entendre non plus.

Quelles sont les causes d’un tel comportement ?

Je vais vous donner mon opinion personnelle. Moi je crois qu’il s’agit des femmes qu’ont peur de se retrouver elles-mêmes à l’issue d’un moment difficile, ou bien des femmes qui refusent le contact et d’aller vers l’autre. Et, refuser d’aller vers l’autre, refuser la rencontre de l’autre cela peut signifier qu’elles ne se sont pas suffisamment belles à l’intérieur d’elles-mêmes. Et, par conséquent, elles ont peur qu’en se livrant peut-être, elles vont livrer un peu de leur caractère qui n’est pas toujours très bien. Elles vont mettre des limites à la connaissance de l’autre. Alors, pour arrêter le contact, elles cherchent un « paraître » pour se cacher derrière. Elles ne veulent pas qu’on aille plus loin, elles refusent toute discussion, toute communication avec le chirurgien. Moi, par exemple, lorsque je leurs dit que, vu leur type de visage, carré, avec des mâchoires fortes, on ne peut pas faire mieux, on ne peut pas « faire » un visage ovale, elles ne veulent rien entendre. Elles ne veulent pas aller plus loin, elles refusent le contact, elles restent figées dans une image de peur de ne pas se « dévoiler » aux autres.

Je crois que dans le cas de la dysmorphophobie il s’agit surtout des femmes figées. Et cela peut toucher toutes les tranches d’âge, moins après 50 ans, où on a plutôt affaire avec des femmes équilibrées qui veulent simplement faire retirer des petits défauts qui les gênent. Dans le cas de la dysmorphophobie il s’agit surtout des femmes de 40-45 ans souvent belles, qui ont beaucoup compté sur leurs apparences physiques et pour qui, l’apparition d’un ride signifie la faillite complète. Et cela, probablement, parce qu’elles n’ont rien d’autre mis à part leur image. Et lorsqu’il y a une atteinte à leur image c’est la faillite. C’est l’effondrement du tout.

Qu’est-ce qu’il pousse les femmes vers la chirurgie esthétique ?

Je crois que ce qui poussent les femmes à subir une chirurgie esthétique c’est tout d’abord le regard des autres, mais pas celui du mari ou des proches. Il y a une vraie compétition entre les femmes, beaucoup plus forte que dans les rapports professionnelles, les femmes se mesurent entre elles. Il s’agit ensuite d’une manque de confiance. La demande d’une chirurgie esthétique est liée à un contexte de vie. La même personne qui, aujourd’hui veut de faire opérer, il y a deux ans elle n’aurait même pas penser. Il doit se passer quelque chose dans sa vie pour qu’elle veuille changer d’apparences. C’est pour cela que les chirurgiens esthéticiens doit faire beaucoup d’attention, être à l’écoute de la personne en cause...

On pourrait croire que, plus le défaut est important, plus l’envie de se faire opérer est grande. Mais ce n’est pas comme ça. On a des femmes avec un visage parfait, et pour un petit ride elles viennent se faire opérer. Alors que, il y a des femmes qui ont un visage vraiment marqué, un cou gras, et qui ne veulent rien changer, elles se sentent bien telles qu’elles sont. Je reviens sur les causes qui poussent les femmes à faire appel à nous. Il s’agit d’un regard, d’une remarque, d’une image de quelqu’un à qui on veut ressembler, et non pas de l’importance du défaut.

Est-ce-que les modèles proposés par les médias comptent dans la décisions des femmes de se faire opérer ?

La publicité, elle, jouait beaucoup sur les femmes il y a 15-20 ans. Des femmes voulaient ressembler aux stars de l’époque, elles venaient chez les chirurgien avec des photos des ces stars et demandaient le nez d’une telle actrice, la bouche d’un tel mannequin etc. Plus maintenant. La demande a beaucoup changé, les femmes veulent simplement être « elles-mêmes ». Il est vrai, toutefois, que cet envie d’être soi-même est traduit parfois par un changement radical, par un dérapage qui fait qu’on n’est plus du tout soi-même! Moi, j’appelle « être soi-même », garder le visage qu’on a et enlever quelque chose qui nous gêne vraiment. Donc, on peut pas désirer être soi-même tout en voulant tout changer. Qu’est-ce que cela veut dire « être soi-même »? Etre comme on a envie d’être?

Par contre, pour les jeunes filles de 18 ans, la demande de chirurgie esthétique est faite pour ressembler ou pour ne pas ressembler à quelqu’un. Cela a toujours un rapport avec quelqu’un d’autre. Quelqu’un avec qui la jeune fille a un rapport de conflit ou un rapport d’amitié. Par exemple, avoir le nez d’un proche qu’on n’aime pas du tout, cela donne envie de se faire opérer. De la même façon lorsqu’on veut avoir le nez de quelqu’un qu’on aime bien. Les remarques des autres comptent aussi beaucoup. En fait, ces remarques des autres représentent la raison la plus importante qui pousse les femmes se faire opérer.

Rarement j’ai vu des personnes qui demandaient une opération à la suite de leur propre décision. Il s’agit dans ce cas-là d’une demande en raison d’ « hygène », d’après leur propre opinion. De la même façon qu’elles veulent être propres, elles considèrent qu’un excès de peau dérange. Il n’y aura aucune autre connotation, ni de beauté, ni d’autre chose. Cela tient uniquement d’un sentiment d’hygiène personnelle. J’ai connu aussi le cas d’une femme-peintre, qui voulait se faire enlever quelques rides parce qu’ils ne cadraient pas bien avec le paysage naturel qui entourait sa maison.

Il y a aussi des femmes, quelques unes, qui font appel à nous uniquement pour être prises en main par une équipe pendant quelques semaines, une équipe qui s’occupe d’elles. J’ai connu ainsi deux femmes âgées qui, j’en suis sûr, ont fait appel à notre cabinet aussi pour communiquer. Je crois que les gens communiquent de moins en moins, sont de plus en plus seuls et, par conséquent, cherchent des trouver des personnes devant lesquelles ils pourraient ouvrir leur cœur. Les chirurgiens esthéticiens, en tant que médecins, comptent aussi parmi ces personnes.

La chirurgie esthétique joue aussi sur le comportement ultérieur des femmes ?

Enormément. Les changements survenus dans le comportement des femmes après une opération esthétique, sont absolument extraordinaires. C’est merveilleux ! Je reçoit parfois une petite carte avec quelques lignes : « Merci, c’est formidable, je me sens en pleine forme... », cela me fait très plaisir. Dès fois, on lit ce changement dans leur regard. Lorsqu’elles viennent pour les pansements, il ne s’agit plus des mêmes femmes. Pas à cause de l’opération. Elles se tiennent droit, sont en pleine forme, elles s’habillent différemment, l’intonation de leur propre voix a changé ! Tout a changé. Et cela est merveilleux.

Par contre, pour les dysmorphophobes tout est raté. Elles reviennent plusieurs fois me voir, elles ne sont jamais contentes du résultat. Jamais. Parce qu’elles ne voient que la petite chose qui aurait pu, pensent-elles, être mieux. En plus, établir une communication avec elles est pratiquement impossible. J’ai essayé. Dans le cas d’une femme dysmorphophobe, il s’agit d’un blocage total, elle n’entend rien. Et surtout, qu’on n’essaie pas l’opérer, cela ne change rien !

Des cas pareils, cela me vide complètement. La femme arrive, s’assied devant moi et commence : « Regardez, cela ne va pas du tout ! » Je vais essayer lui expliquer que je ne peux pas faire mieux, que je ne peux pas lui changer le visage, elle n’entend rien. « Mais moi je suis venue uniquement pour ça ! Par conséquent, je suis venue pour rien ! » Je lui montre les photos prises avant et après l’opération pour qu’elle se rende compte du changement : il n’y a plus de rides, les yeux sont bien dégagés, tout est réussi. « Oui, j’en suis d’accord, mais Là, vous voyez ? Le ride qui est Là ! Moi je suis venue exprès pour ce ride-là, pas pour autre chose ! Le reste, cela ne m’intéresse pas. »

Elle va concentrer toute son attention sur une petite chose. Elle ne veut pas discuter, elle arbore simplement une façade derrière laquelle elle ne veut plus bouger. Elle refuse tous les contact : affectif, amical, psychologique, rationnel... Et si j’essaie leur recommander d’aller voir un psychiatre elle réagit par : « Mais, pourquoi ? Je n’ai absolument rien, je ne suis pas folle ! A, c’est facile pour vous. Vous m’envoyez voir un psychiatre comme s’il n’y avait rien du tout. Mais vous voyez bien qu’il y a quelque chose, reconnaissez-le ! Alors, pourquoi m’envoyez vous voir un psychiatre ? » Il n’y a rien à faire pour la convaincre, absolument rien.

La vision de la chirurgie esthétique a-t-elle changé ?

Dans ma vision des choses, oui, elle a beaucoup changé. Ainsi, depuis quelques temps et après des nombreuses discussions avec mes patientes, j’ai commencé à considérer mon métier plutôt comme une chirurgie réparatrice et non pas comme une chirurgie esthétique. Parce que, en général, les femmes considèrent les rides comme des cicatrices qui doivent être « réparées ». Et, c’est pour cela que je crois de plus en plus qu’il n’y a pas de chirurgie esthétique, il n’y a que de la chirurgie reconstructrice. Mais il s’agit uniquement d’une réflexion personnelle.

Est-ce-que cet intérêt pour la beauté du corps représente une évolution ou, au contraire, une involution de l’espèce humaine ?

A vrai dire, Je me suis posé cette question plusieurs fois. Si c’est uniquement grâce à l’intelligence qu’on est où on est aujourd’hui, alors le retour de plus en plus grand à l’esthétique ne signifie-t-il en réalité une régression sur l’échelle de l’évolution, régression traduite par la « compétition » pour voir qui est le plus beau et, donc, le plus désirable ? Ma réponse est « Non ». Et cela parce qu’aujourd’hui la demande de chirurgie esthétique n’est pas conditionnée par le désir d’être plus belle encore. Elle l’était ainsi il y a quelques temps, peut-être 15 ou 20 ans. Plus maintenant et c’est pour cela que je crois qu’il s’agit d’une évolution surtout lorsque la chirurgie esthétique est bien indiquée, lorsqu’on a éliminé les dysmorphophobes et les narcissiques. La femme actuelle désire de garder son authenticité et de rester elle-même. Si elle va faire appel à la chirurgie esthétique, elle ne va pas le faire pour ressembler à quelqu’une d’encore plus belle, mais simplement pour embellir son propre expression, sa façon d’être.

Que-est-ce-que les femmes actuelles attendent de la chirurgie esthétique ?

Rester elles-mêmes. Lorsque les médias mettent en circulation des modèles comme, par exemple, Claudia Schiffer, à la base il y a une demande importante de la part du public. Mais ce qui est d’important c’est la manière dont les magazines et la télé, présentent les choses. Quand on veut montrer des corps nus des jolies femmes, c’est normal qu’ils prennent des femmes avec des seins magnifiques. Tout dépend de la façon dont le public réagit devant des telles images. Tout ce que je peux dire c’est que les femmes qui viennent se faire opérer les seins, ne demandent pas avoir les mêmes que les modèles présentés par les médias. Je ne les vois plus venir avec des magazines en me disant : « Voilà, j’aimerais ressembler à celle-ci ou à celle-là.. ». Ce n’est plus du tout le cas. les demandes d’aujourd’hui sont beaucoup plus saines.